Portrait de Sébastien Barcet © Sabine Serrad

Sébastien Barcet
Fondateur de Le Presse Papier
Labellisé Imprim’Luxe

INTERVIEW

Rencontre avec Sébastien Barcet, Fondateur de Le Presse Papier

Imprim’Luxe : Bonjour Sébastien, pouvez-vous nous raconter votre parcours ? Comment est né Le Presse Papier ?

Sébastien : J’ai toujours navigué entre différentes disciplines artistiques, notamment la peinture et la sérigraphie. J’ai donc eu plusieurs vies avant celle-ci. Toutes ces expériences ont conduit à la création de Le Presse Papier, elles influent encore après 15 ans d’existence sur l’ensemble des créations de la maison.

Lyonnais d’origine, passionné d’Arts décoratifs, d’architecture et de design, l’histoire locale s’est imposée comme une évidence : celle des Canuts et des anciens ateliers de dessin textile situés rue Royale, tout près de l’endroit où j’ai choisi d’installer les ateliers Le Presse Papier. Plusieurs dessinateurs issus de cette filière ont rejoint l’équipe.  Je suis le directeur artistique, en plus d’être le fondateur de la marque.

J’ai lancé une première collection inspirée des années 50, pour moi une période indémodable — à une époque où le papier peint restait confidentiel. Nous avons eu des parutions dans Le MondeTéléramaElleVogue… et le projet a véritablement décollé. Aujourd’hui, Le Presse Papier est devenu indissociable de ma vie : mes voyages, mes visites de musées, mes lectures nourrissent directement nos collections.

Theda Bara – Bleu, Collection Tradition © Sabine Serrad


IL : Comment naissent vos créations et vos inspirations ?

Sébastien : La majorité de notre travail est de la création pure et environ 30 % reposent sur la réédition d’archives. Nos collections sont souvent construites autour de grandes thématiques.

Certaines sont inspirées de dessins iconiques de notre métier que l’on revisite d’une manière contemporaine, comme la toile de Jouy ou les “indiennes », ces motifs exotiques issus des cotonnades produites en Inde et réinventés en Europe.

Nous revendiquons également la continuité avec l’histoire du dessin textile lyonnais, très floral, dont nous sommes un peu les dépositaires.

Chaque modèle est conçu comme une œuvre à part entière : il porte un nom, une histoire, une intention artistique.

Nous parlons de papier peint d’auteur.

Par exemple, notre toile de Jouy contemporaine Anima, créée pour nos 10 ans, est une ode à la nature et à la vie sauvage. D’autres modèles racontent l’île de Ré, la tradition japonaise de la contemplation des fleurs, ou encore évoquent un jardin d’Éden peuplé de colibris.

Nous ne cherchons pas la mode éphémère : nos collections sont pensées pour durer, nous les concevons pour être intemporelles, une collection ne chasse pas l’autre, elle vient enrichir notre fonds que nous considérons comme un trésor.

Colette jour, Collection Tradition © Sabine Serrad

IL : Qu’est-ce qui vous a attiré dans l’univers graphique et textile lyonnais ?

Sébastien : Les arts ont toujours été essentiels pour moi : peinture, musique, arts décoratifs. Je ne peux pas vivre sans cette part de poésie et de beauté. Lyon possède une histoire florale et textile exceptionnelle.

Il existait une véritable école du dessin floral : les jeunes dessinateurs de la filière textile descendaient au musée des Beaux-Arts pour apprendre à dessiner les fleurs.

Certains étaient spécialisés dans la rose, d’autres dans les bouquets. Nos collections s’inscrivent dans cette tradition, tout en restant ouvertes à d’autres influences : Arts déco, Japonisme, Modernisme, botanique, Bauhaus, abstraction…

Je ne veux pas me limiter à une époque ou à un style. Ce qui m’intéresse, c’est la liberté artistique.

IL : Qui sont aujourd’hui vos clients ?

Sébastien : Nos clients sont très variés :

  • particuliers,
  • Professionnels
  • architectes,
  • décorateurs,
  • hôtels,
  • restaurants,
  • institutions culturelles,
  • Marque de luxe.

Nous travaillons aussi bien sur des projets résidentiels que sur de grands lieux patrimoniaux ou des établissements de prestige.

IL : Quel rôle joue l’éco-responsabilité dans vos choix de production ?

Sébastien : Elle est centrale depuis le départ. Nous produisons à la demande, dans nos ateliers, avec des papiers non tissés haut de gamme, issus de forêts FSC, sans PVC. Nos encres sont à base aqueuse, nos déchets sont recyclés, et nos process ont été pensés pour limiter l’empreinte environnementale. Nous maîtrisons toute la chaîne : création, colorimétrie, impression, découpe. C’est un choix à la fois artistique, qualitatif et écologique.

IL : Vous êtes labellisés Entreprise du Patrimoine Vivant. Que représente ce label pour vous ?

Sébastien : C’est une reconnaissance très forte. Le label EPV ne s’obtient pas facilement : deux ans de travail, des dossiers, des commissions, des visites d’experts dans nos ateliers. Il reconnaît un savoir-faire rare et singulier. Être reconnu par ses pairs est un immense honneur. Je suis aujourd’hui impliqué dans le réseau EPV et dans le réseau Excellence Contract, qui permet de mutualiser les forces et de développer des projets communs.

Mata Hari – Nuit, Collection Tradition © Sabine Serrad

IL : Quelle résonance voyez-vous avec la mission d’Imprim’Luxe ?

Sébatien : La recherche de l’excellence est au cœur de notre démarche. Nous voulons être irréprochables dans nos créations, nos finitions, notre exigence artistique.

La mission d’Imprim’Luxe, qui défend l’excellence industrielle et artisanale française, fait totalement écho à notre vision du métier : produire du beau, du juste, du durable, avec du sens.

IL : Et demain, comment voyez-vous Le Presse Papier  ?

Sébastien : Nous constituons aujourd’hui un véritable fonds patrimonial : archives du XVIIIe au XIXe siècle, créations contemporaines, dessins, gouaches, modèles. Une partie de nos créations entre déjà dans les collections du Musée des Arts décoratifs. J’aime l’idée que, dans 20 ou 30 ans, on puisse dire :

“Il existait à Lyon une maison qui créait ces papiers peints.”

J’espère que Le Presse Papier restera une maison vivante, désirable, poétique, porteuse de sens. Nous croyons profondément que le beau peut apporter des énergies positives dans un monde parfois difficile.

Pour en savoir plus : https://le-presse-papier.fr/